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jeudi 14 septembre 2023

Mythe ambré

 

Une musique, déhanchement de cubaines, des lumières de la ville, couleur de La Havane, je pénètre dans l'antre humide du Sex on the Bar, un bar d'ivrognes et de pêcheurs, Seigneur priez pour leurs âmes, cloaque puant de foutre, de pisse et de souvenirs. Accoudé au comptoir, le verre de rhum ambré au bord de mes lèvres, la serveuse les seins au bord de son décolleté, je passe une nouvelle nuit, torride humide, à Cuba. A coté de moi, mon regard se pose sur une femme, seule à sourire devant son verre de bière Cubanisto. Je lui demande si elle ne voudrait pas un truc plus fort, un verre de rhum. Elle me jette un regard, acquiesce d'un magnifique sourire et en échange décide de me conter l'histoire de ce vieil homme, un mythe dont son âme flotte encore autour de ce comptoir. C'est une histoire que j'avais déjà entendu parler, mais de sa bouche je suis tout ouïe, je rapproche mon tabouret du sien, prêt à lui caresser la main ou à sentir son parfum jasmin. Après tout, je connais si peu de chose de la vie, de la mer et du vieil homme. Je suis d'ailleurs déjà un vieil homme au fond de moi dans le fond d'un bar, aux lumières tamisées, qui rêve que la mer me prenne...
 
"Tout en lui était vieux, sauf les yeux – et ils étaient de la même couleur que la mer, joyeux et invincibles." 
 

samedi 25 mars 2017

Au Sud de Key West

Le visa en poche, j’atterris sur le tarmac ensoleillé. Je vois déjà les vieilles voitures rutilantes parcourir les rues poussiéreuses de La Havane. Voitures multicolores, immeubles multicolores, filles multicolores. L’autoradio est branché sur une cassette de Buena Vista Social Club, c’est toujours mieux qu’un discours de Fidel. Les jupes des filles virevoltent sous la chaleur pour se donner de l’air frais, je rêve déjà d’un verre de rhum au bord de la piscine. Des bikinis autour de moi, des jambes bronzées, des couples qui font l’amour sur la voix d’Ibrahim Ferrer, des homosexuels qui se tiennent la main avant de s’embrasser… J’ai le droit de rêver un peu… C’est pas ça La Havane ? Alors je revois ma copie…

« The Southernmost Point in the U.S.A. C’est ce qu’il y a sur le panneau. Quelle horreur. Comment pourrait-on dire cela, nous autres ? Le point le plus au sud des Etats-Unis, bien sûr. Mais ce n’est pas pareil. La phrase fait trop long, elle y perd en précision, en efficacité. En espagnol, ça ne donne pas l’impression que l’on se trouve à l’endroit le plus au sud des Etats-Unis, mais en un point, au sud. Tandis qu’en anglais, cette rapidité, ce Southernmost Point avec les T dressés au bout nous indique que le monde se termine ici même ; une fois que l’on aura franchi ce point et traversé l’horizon, on ne trouvera plus que la mer des Sargasses, l’océan ténébreux. Ces T ne sont pas des lettres, ce sont des croix – regarde comme elles se dressent – qui indiquent clairement que derrière elles c’est la mort ou, pis encore, l’enfer. »